Tribune NeoThemis

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Investissement public : la crise sanitaire recadre les priorités

•   «Elle a déjà modifié, et de manière durable, la façon dont les gouvernements investissent l’argent public»

•   Les effets du Covid sur les chaînes d’approvisionnement constituent une occasion pour accélérer l’industrialisation de l’Afrique

 

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L’Economiste: La crise du coronavirus a fragilisé les finances publiques un peu partout dans le monde. Craignez-vous un relâchement de l’investissement dans les infrastructures en  Afrique?

Tas Anvaripour : Les principaux investisseurs en infrastructures en Afrique sont principalement des institutions financières, organisations internationales ou des fonds souverains. Ceux-ci, par leur mandat, devraient maintenir la cadence de leurs investissements, voire l’accroître. Les banques de développement s’attachent aussi à leur rôle contracyclique comme c’était le cas lors de la crise financière de 2008.

Dans le même temps, la réduction soudaine de l’activité économique a mis à rude épreuve le secteur des infrastructures du fait de la pression sur les finances publiques et de la baisse de la demande qui est fonction des échanges commerciaux. Toutefois, l’impact de la Covid-19 bien qu’important ne saurait se maintenir dans la durée. Grâce aux signes d’avancées scientifiques pour combattre le virus, les principales Bourses mondiales ont déjà retrouvé leur niveau d’avant la crise. Les infrastructures de base sont également particulièrement importantes pour la riposte à la Covid-19 non seulement pour la santé et la sécurité publique, mais aussi pour le bien-être de la communauté en général.

 Y aura-t-il un relâchement des investissements?

Je n’imagine pas un relâchement de l’investissement en infrastructure en Afrique sur le moyen ou long terme. A court terme cependant, les difficultés contractuelles liées à l’impact de la crise sanitaire, les difficultés logistiques pour mettre en place les financements ainsi que la chute brutale de la demande ont créé une dépression momentanée. Je suis d’avis, toutefois, que cette crise a d’ores et déjà modifié et de manière durable la façon dont les gouvernements investissent l’argent public dans les biens essentiels, les services publics et les infrastructures. Les pratiques d’investissement public et de dépenses publiques ne reviendront pas, et ne peuvent pas, simplement revenir à la normalité d’avant mars 2020, mais plutôt passer à une nouvelle normalité plus résiliente, s’attaquant aux vulnérabilités révélées par la crise du Covid-19.

Les pays subsahariens éprouvent encore des difficultés à attirer les capitaux privés. Où se situent les failles?

Le manque d’infrastructure reste un obstacle majeur pour atteindre le plein potentiel de développement économique en Afrique. En tant que soit, les projets d’infrastructure de bonne qualité n’ont pas de difficultés à attirer les capitaux privés mais plutôt des difficultés à en attirer suffisamment durant leur phase de développement.

L’intérêt des investisseurs dans le secteur des infrastructures est bien présent, faut-il toutefois qu’il y est des projets à financer, à savoir des projets au stade de bancarisation.

Et quelles contraintes?

La principale contrainte à l’attractivité des capitaux privés est donc la capacité à emmener un projet de la conception au bouclage financier. Une majorité des projets échoue au stade des études de faisabilité et de business plan. Cela se justifie souvent par une interaction suboptimale entre les porteurs de projet et les autorités locales aux sujets des priorités et des modalités pratiques d’investissement.

Quelles transformations majeures entrevoyez-vous au sein des économies africaines?

La crise du Covid-19 a mis en évidence notre vulnérabilité et la nécessité de renforcer notre résilience face aux menaces futures pour l’humanité – y compris celle du changement climatique. Les gouvernements et les industries appellent à créer des plans de relance qui permettront une reprise verte et une autonomie pour les principaux biens de consommation et stratégiques.

Par ailleurs, la Covid-19 accélère la transformation numérique de la société et de l’économie.

Dans quel sens?

Au cours des prochaines décennies, les technologies numériques devraient rendre les différentes sphères économiques plus connectées, intelligentes, efficaces, fiables et durables. A Themis, nous portons une grande attention à cette révolution qui touche tous les secteurs y compris celui de l’énergie. La plupart des énergies renouvelables peuvent être autonomes car elles ne nécessitent pas de pilotage in situ contrairement aux énergies fossiles qui nécessitent le chargement de combustible, et plus de mobilisation de personnel technique sur place.

Quelle politique industrielle à l’ère du Covid?

La pandémie a gravement affecté les industries et les fondamentaux économiques en Afrique. Selon la Banque mondiale, l’activité économique de la région devrait se contracter de 3,3% en 2020.

L’impact de la crise sanitaire sur les chaînes d’approvisionnement mondiales signale l’importance de l’industrialisation du continent qui peut être un facteur de diversification pour l’Europe par exemple, en offrant une alternative par rapport au continent asiatique. C’est là une occasion renouvelée pour accélérer l’industrialisation de l’Afrique. Toutefois, les industriels à eux seuls ne seront pas en mesure de surmonter ce défi. Les actions politiques et la coordination avec le secteur sont essentielles pour atténuer les effets de la crise. Une reprise durable sera tributaire de la rapidité avec laquelle les pays africains prioriseront les actions politiques et les réformes qui contribuent à la création d’emplois en plus grand nombre et de nature inclusive.

Propos recueillis par Franck FAGNON

Source : L’Economiste, édition du 7 décembre 2020

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